2016

L’enseignement des langues étrangères à l’école et quelques arrière-pensées

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Après une polémique portant sur la fin des ELCO (enseignements de langue et de culture d’origine) et leur intégration au socle commun, le ministère de l’Education nationale a réexpliqué sa réforme et a diffusé sur son site deux infographies, destinées à « tout savoir sur l’apprentissage des langues vivantes à partir de la rentrée 2016. ». Très claires, elles permettent de se faire une idée précise de cette réforme.

L’apprentissage des langues sera « plus précoce pour tous. » La première langue vivante sera étudiée dès le CP (au lieu du CE1), et la seconde dès la 5e. Si la LV1 étudiée n’est pas l’anglais, son apprentissage en LV2 débutera dès la 6e.

De plus, 1H30 par semaine de cours de langue pourront être ajoutés dès le CP pour les élèves intéressés, qu’ils aient ou pas un lien avec le pays dans lequel cette langue est parlée et qui a passé un accord avec la France pour faire dispenser des cours de sa propre langue par ses professeurs dans le cadre de l’école publique française (et l’on suppose, aux frais du contribuable français). Ce dispositif est en place dès cette rentrée 2016 pour le Maroc et le Portugal, donc pour l’arabe et le portugais. D’ici 2018, l’ancien dispositif des ELCO aura disparu (il réservait l’enseignement de ces langues aux enfants ayant un lien avec le pays partenaire donc déjà exposés à la langue en famille et ayant le plus souvent cette langue comme langue maternelle) au profit de l’introduction progressive, au gré de la conclusion des accords avec les pays, des EILE ou enseignements internationaux de langues étrangères (lesquels sont ouverts à tout élève intéressé, même dépourvu de liens personnels ou familiaux avec la langue enseignée).

Derrière l’aspect séduisant du « Plus de langues enseignées plus tôt par des professeurs parlant la langue sans accent français », se posent des questions politiques évidentes.

Cette réforme permettra à des enfants sans connexion par exemple avec l’arabe ou le turc d’apprendre gratuitement ces langues, dans le cadre de l’école de la République, alors qu’ils n’ont aucun lien avec ces pays, au contact de professeurs étrangers pas nécessairement habitués à la culture française. Dans certaines banlieues où le français n’est pas ou mal parlé dans un nombre important voire dominant de familles, les élèves verront leurs efforts d’apprentissage dispersés entre trois langues : le français, l’anglais (ou une autre LV1) et la langue dominante dans le quartier (qui s’imposera très vraisemblablement à l’école publique, dans le cadre des EILE, le choix du chinois par des familles majoritairement musulmanes issues d’Afrique semblant assez peu vraisemblable !). Est-ce un service à rendre à ces enfants qui ont déjà souvent du mal à s’intégrer parce qu’ils ont justement une faible connaissance de la langue et de la culture française ? Est-ce que cela facilitera leur intégration ou au contraire encouragera le développement du communautarisme culturel et linguistique ? Est-ce que cela ne perturbera pas l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, surtout dans le cas de langues proches (où l’association graphème/phonème s’en trouvera compliquée car changeant d’une heure à l’autre de cours), même si l’on prétend mettre l’accent sur l’oralité dans les premières années ? La priorité de l’Etat français n’est-elle pas plutôt au renforcement de l’enseignement du français pour tous, avec l’ajout d’heures supplémentaires pour les enfants ayant un bagage linguistique réduit en français, quelle qu’en soit la raison ?

Une telle réforme soulève de légitimes interrogations sur l’agenda politique de ceux qui la promeuvent : l’inculturation dans la langue française, la pratique précoce de la littérature classique et de la poésie pour développer de goût de la « belle langue » et l’appétence pour la « haute culture » (à laquelle on ne peut accéder que dans une langue que l’on maîtrise en profondeur) sont volontairement sacrifiées au profit de langues conçues comme de simples véhicules de communication, selon une perspective utilitariste : des Esperanto en quelque sorte, et la mise à l’honneur du multiculturalisme. L’objectif de faciliter les échanges et la circulation de personnes et de biens, donc des objectifs de marché, se reconnaît aisément derrière ce projet de multiplier les langues étudies et en rendre l’apprentissage plus précoce.

La probabilité est forte que ce dispositif des EILE – précisément parce qu’il est ouvert à tous, et non pas aux enfants déjà reliés par leur histoire à un pays locuteur de la langue demandée – joue, dans certaines cités, le rôle pervers d’un mécanisme d’intégration inversée. Il aidera les non-allophones à apprendre la langue de la composante « dominante » du quartier pour mieux s’intégrer et être acceptés par leurs camarades. Après la musique, l’accent, le style vestimentaire, les rituels de salut des populations d’origine étrangère majoritaires dans les banlieues, ce sera donc la langue elle-même, avec la culture qu’elle exprime inévitablement, qui sera acquise et pratiquée par les non-allophones.

Pour bien comprendre les enjeux du débat, consulter le dossier technique.

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2016

L’Ecole Professorale de Paris ouvre ses portes !

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Début octobre l’Ecole Professorale de Paris ouvrira ses portes à une première promotion de jeunes étudiants, motivés par son programme d’enseignement d’excellence à destination de futurs professeurs du secondaire.

Un article détaillé du Figaro présente le projet, hébergé dans les murs de l’établissement privé Saint-Jean-de-Passy :

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2016

Journée d’étude « Apprendre et enseigner à l’ère numérique »

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La chaire du Collège des Bernardins organise le jeudi 6 octobre prochain, au Collège des Bernardins, de 9h à 18h, une journée d’étude consacrée à « Apprendre et enseigner à l’ère numérique »

Quels basculements le numérique engendre-t-il et quels bénéfices pour l’humain en devenir ?
Avec le numérique, l’école est-elle toujours le lieu d’acquisition d’un socle commun minimum de connaissances, de compétences et de culture ?

Une réflexion indispensable au moment où rentre en vigueur la réforme de l’Ecole numérique.

Toutes les informations à consulter ici.

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2016

La fermeture d’une école radicalisée en débat

Une école hors contrat vient de voir ses portes fermées par l’inspection académique à Toulouse :

http://m.leparisien.fr/societe/une-ecole-musulmane-fermee-19-09-2016-6131183.php#xtor=AD-1481423553

A l’origine de la fermeture de cette école, qui existait depuis 2013, le constat fait par l’inspection de ce qu’elle ne respectait « ni le droit de l’enfant à l’instruction, ni l’objet de l’instruction obligatoire. » En dehors de l’enseignement de l’arabe, l’enseignement y a été jugé très déficitaire.

Obtenir la fermeture d’une école hors-contrat soupçonnée de radicalisation est donc tout à fait possible et aisé dans les dispositions actuelles prévues par la loi. L’inspection académique dispose déjà de tous les droits pour le faire.
Le projet de loi « Egalité et Citoyenneté » ne vient donc aucunément combler un vide juridique. Sans bousculer tout le système juridique existant, la seule mesure utile et pertinente en l’état actuel des choses serait tout simplement de multiplier les inspections et de les faire porter en priorité sur les écoles les plus exposées aux risques de radicalisation.

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2016

A la découverte du système scolaire indépendant australien

img_20160916_141203256Ce vendredi, Anne Coffinier, Directrice générale de la Fondation pour l’école, rencontrait Barry Wallett, Directeur exécutif de l’Independent Schools Council of Australia, organisme de liaison et lobby représentatif du secteur des écoles indépendantes en Australie.

Le secteur indépendant en Australie est un élément clef du système scolaire : il scolarise près de 16 % des élèves.
Avec l’enseignement catholique, qui dispose de son système propre, ce sont près de 50 % des élèves australiens qui ne dépendent pas des écoles d’Etat.

Les écoles indépendantes australiennes ont les mêmes libertés que les écoles indépendantes françaises, mais le gouvernement fédéral et l’Etat local les financent en grande partie, une fois qu’elles sont créées. 58% de leur financement est d’origine privée, et les 42% restants sont pris en charge par l’Etat fédéral et par les Etats et territoires.

Elles ont connu un bel essor depuis quinze ans, avec un taux de croissance de l’ordre de 6-7%
En France, le taux de croissance des créations des écoles indépendantes est quasiment le double : près de 12% cette année, avec 91 nouvelles créations sur un total de 774 écoles existantes.

D’ici 5 ans, les écoles indépendantes en France seront sans conteste un acteur incontournable du paysage scolaire français. D’où l’importance de la mobilisation contre le projet de loi Egalité et Citoyenneté, conduit par Najat Vallaud-Belkacem, actuellement étudié au Sénat, qui attend briser cette dynamique.

Site de l’Independent Schools Council of Australia : http://isca.edu.au/about-independent-schools/

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2016

La crise du système scolaire américain : s’inspirer des solutions

Classroom with American flag. "pledge of allegiance" education Devant la crise du système scolaire américain, aucune voie n’est négligée pour lutter contre des résultats toujours plus médiocres pour l’enseignement primaire et secondaire au classement PISA.

Les axes explorés : liberté donnée aux parents, et optimisation des dépenses des Etats.

Selon une étude menée par l’IFRAP, les « charter schools », ou écoles indépendantes, demeurent l’alternative la plus importante à l’école publique :
« En finançant publiquement les initiatives privées, qui sont tenues pour responsables des résultats, contrairement aux écoles publiques, les Etats fédérés permettent de catalyser un florilège de pédagogies. Bien souvent, ces écoles ont des résultats largement supérieurs aux écoles publiques alors même qu’elles ne touchent que 74% des financements totaux d’une école publique. Equipes unies, pédagogie spécifique, transparence des résultats, responsabilité des moyens, tels sont les ingrédients pour des écoles considérées comme efficaces pour l’éducation des élèves. Depuis l’Elementary and Secondary Education Act voté en décembre 2015, les écoles publiques seront sommées de publier leurs comptes. Ainsi les nombreuses exigences du privé vont-elles devenir peu à peu celles du public. L’exemple américain montre qu’une réforme du système éducatif français est possible mais ce, à condition de laisser plus de pouvoirs aux territoires (régions et communes) en matière de gestion de la politique éducative. »

Retrouvez ici l’analyse fournie par l’IFRAP dans son intégralité.

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2016

Le ministère de l’Education nationale veut-il ressembler à la Corée du Nord ?

hc3b4pital-boucicaut-c3a9cole-parisL’Education nationale met en place à Paris un algorithme alambiqué, afin d’affecter arbitrairement les élèves en collège selon des critères sociaux.
A la rentrée 2017, tous les Parisiens qui scolarisent leurs enfants dans l’enseignement public seront directement impactés par cette mesure.
Un billet d’humeur de Charles Beigbeder dénonce une nouvelle lubie, destinée à décréter arbitrairement une mixité sociale artificielle, à rebours de la liberté de choix des parents de scolarisation de leur enfant.

Pour aller plus loin :
http://tempsreel.nouvelobs.com/education/20160913.OBS7951/affectation-en-6e-a-paris-des-changements-tres-prudents.html

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2016

Storiavoce, webradio consacrée à l’Histoire

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Une nouvelle venue dans le paysage des webradios : Storiavoce a vu le jour le 6 septembre dernier

Retrouvez-la sur http://storiavoce.com/

Les quatre grandes périodes (antique, médiévale, moderne, contemporaine), illustrées par des conférences de qualité.
On aura plaisir à y retrouver des émissions produites par la chaîne Canal Académie, aujourd’hui disparue.

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2016

Le tout numérique à l’école, une fausse bonne idée ?

Photo FEP
Dans un essai publié chez Seuil (Le désastre de l’école numérique), l’ingénieur et essayiste Philippe Bouix et l’enseignante Karine Mauvilly tirent la sonnette d’alarme devant la « numérisation » de l’enseignement, prévue en particulier pour être accélérée par la réforme du collège entrant en vigueur à la rentrée 2016.

Derrière cette tendance, une illusion : celle de penser que c’est la technologie qui va enrayer l’échec scolaire.

Sans appeler à un utopique retour en arrière, ils prônent une école libérée des écrans. Sans cela, ils nous dépeignent un horizon dangereux pour les élèves comme pour leurs enseignants :

« L’école numérique, c’est un projet de déconnexion toujours plus grande de l’homme d’avec son milieu naturel. Nous allons élever des enfants «hors-sol», comme nos tomates insipides! Avec le numérique, on ne promeut plus l’effort : face au découragement, l’école doit devenir ludique, gamifiée, l’enseignement doit être fun, les profs sympas. On ne laisse plus de place au hasard, à l’ennui, à l’apprentissage de la patience, de la lenteur, de la réflexion : tout doit devenir rapide, efficace, on veut tout, et tout de suite. L’école doit se consommer, comme le reste. Et tant pis pour les futurs poètes que l’ennui guidait parfois vers le ballet des feuilles d’automne. L’école moderne doit former des managers ou des chauffeurs «uberisés», pas des poètes. »

Retrouvez leur interview passionnante sur Libération.

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2016

Initiatives scolaires à la faveur de la rentrée 2016

Photo FEPA l’occasion de la rentrée 2016, Le Parisien se fait l’écho d’une tendance générale qui touche le système scolaire en France, devant les difficultés rencontrées par l’Education Nationale pour mettre en place de vraies réformes.

L’initiative privée doit prend le relais d’un service public défaillant : les mauvais résultats du « système » parlent d’eux-mêmes, et l’idée est de plus en plus largement acceptée qu’il faut partir d’en bas pour trouver les bonnes initiatives, à l’extérieur de l’Education nationale, mais aussi en son sein.

La Fondation Espérance banlieues multiplie les écoles, le géant du soutien scolaire, Acadomia, ouvre un établissement hors-contrat, et l’instruction à domicile connaît une embellie sans précédent.

Autant d’évolutions qui ne peuvent que heurter de front la tendance actuelle du ministère à accroître son emprise sur l’éducation, faisant ainsi monter la grogne des parents et éducateurs, déjà à son comble.

Retrouvez l’article en ligne ici sur Le Parisien.

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