2017

Quand l’art réussit aux enfants

L’école Saint-Dominique-Savio a été fondée en 1991 à Mouscron (Belgique) par Marie-Dominique Hillewaert afin de venir en aide aux enfants touchés par le fléau de l’échec scolaire. Elle a rapidement compris que l’estime de soi était la première chose qui manquait aux enfants accueillis. Mme Hillewaert a trouvé dans l’art la source de la solution à ce manque de confiance en soi.
À Saint-Dominique-Savio, les arts sont passés d’une simple option à un élément central de la vie de l’école. En effet, l’art est le liant qui réunit et fait faire se respecter tous les enfants entre eux. Chacun trouve sa place au sein du groupe grâce au talent qui est sien, capable d’enrichir le spectacle de fin d’année. Le 29 et 30 juin, les enfants retraceront la vie de Jésus selon l’Évangile de Saint Jean, au travers d’une comédie musicale intitulée  » Né en moins 7 « . Le spectacle religieux sera une grande première. Entretien avec cette dynamique directrice d’école…

L’équipe de Liberté scolaire : Qu’est-ce qui, dans votre parcours scolaire ou professionnel, vous a poussé à favoriser l’enseignement des arts du spectacle ?

Marie-Dominique Hillewaert : En 1991, j’ai ouvert cette petite école dans le but de venir en aide à des enfants en échec scolaire. Très vite, j’ai remarqué que ces enfants avaient très peu confiance en eux et se sentaient souvent très « nuls ». Étant pianiste et ayant moi-même participé durant toute mon enfance au mouvement à Cœur Joie, j’ai eu envie de mettre mes élèves en scène pour qu’ils puissent s’épanouir et apprendre à faire des efforts dans autre choses que du scolaire pur et pour « montrer » à tous combien ils étaient beaux et combien ils étaient capables, eux aussi, de très belles choses. C’était une intuition mais cela a marché mieux que tout ce que j’aurais pu rêver…
Depuis lors, régulièrement, nous faisons des comédies musicales, des concerts, des spectacles. À chaque fois, nos élèves chantent, ils font du théâtre, ils dansent et ils jonglent. Ces spectacles sont de très bonne qualité et permettent à nos élèves d’apprendre le goût de l’effort, du beau (on ne présente pas « n’importe quoi »), du travail bien fait… Nous chantons à deux, trois et même parfois 4 voix, presque tous nos élèves sont capables de jongler à 3 balles mais beaucoup savent aussi jongler à 4 balles et à trois massues. Nous leur apprenons également à marcher sur une grosse boule, à rouler en monocycle et à faire de la wave.

Comment pouvez-vous dire que l’art permet de développer une certaine solidarité entre vos élèves ? (mixité d’origine sociale, d’âge,…)

Dans notre école, nous accueillons des élèves de 2 ans et demi à 14 ans (15 ans parfois) et cette année, dans le spectacle, les plus jeunes participants ont 4 ans (en maternelles, les enfants ne sont pas obligés de participer), l’aînée a 15 ans et tous sont très motivés par le spectacle, tous se sentent concernés et sont fiers de présenter ce spectacle. Nous pouvons réellement compter sur nos aînés qui nous aident du mieux qu’ils peuvent. Certains deviennent même responsables pour faire répéter des solistes, responsables du matériel, de la gestion des coulisses, etc. Il y a une entraide et une solidarité incroyable. Je pense que la plupart de nos aînés (12, 13, 14 ans) se sentent aussi responsable de ce spectacle que nous, surtout cette année. Et les petits aiment beaucoup nos grands… Nous avons une mixité sociale étonnante car notre école est privée (hors contrat) et gratuite. Du coup, nous avons des enfants du coin de milieux très défavorisés mais, comme notre niveau scolaire est exceptionnel, nous avons aussi des demandes de milieux très aisés (qui nous aident d’ailleurs à faire vivre l’école) et c’est ainsi que se côtoient dans notre école des enfants du quart-monde et de la noblesse, des enfants d’ouvriers et des enfants de professions libérale et même des enfants de diplomates. Nous avons aussi plusieurs familles chrétiennes (Depuis 10 ans, nous avons ouvert notre école à tous les enfants alors qu’avant il n’y avait que des enfants en échec scolaire et c’est depuis lors que nous avons des familles chrétiennes).

À combien s’élève le volume horaire des enseignements proposés aux élèves ?

Voici l’emploi du temps-type des enfants :

  • 8h : Ouverture de l’école et accueil des premiers enfants : jeux + aide à la cuisine pour la préparation du repas.
  • 8h30 : Nous allons à la chapelle et nous chantons un chant ensuite, nous leur donnons un enseignement (vie de saint, vivre à la lumière de l’Évangile, textes d’Évangile,témoignages,…) et pour terminer, nous disons un notre père, un réjouis-toi puis nous chantons à nouveau un chant. Le mercredi, nous récitons une dizaine et le vendredi, les enfants qui le veulent font une demi-heure d’adoration pendant que les autres regardent à la TV un épisode de la vie de Jésus.
  • 9h : Nous allons dans les classes et nous travaillons par contrats individualisés jusque midi avec une interruption de 20 minutes à 10h20 (récréation)
  • 12h : dîner + vaisselle (les enfants participent par équipes de 8)
  • 13h : ateliers : jonglage, chant, danse, théâtre
  • 14h : cours par niveaux (néerlandais, histoire, sciences, géographie)
  • 15h10 : récréation
  • 15h30 : travail dans les classes (de toutes sortes…)
  • 16h30 : fin des cours ou étude
  • 17h30 : fin de l’étude

L’enseignement de la musique a-t-il des conséquences dans l’apprentissage des matières fondamentales ?

Je pense qu’il y a peu d’incidence sauf quand de manière volontaire, nous leur apprenons des chants qui contiennent des « matières ». Nous avons composé plusieurs chants pour apprendre l’éveil (histoire surtout). Mais le fait de chanter (et danser…) ouvre quand même les enfants à une autre réalité et surtout révèle à certains de véritables dons…En effet, nous découvrons des trésors cachés chez nos élèves!

La vidéo du spectacle Emilie Jolie

Entre les temps de prière et les temps de classe, l’un influence-t-il l’esprit de l’autre ? De quelle manière ?

Oh oui, toute l’ambiance de l’école se crée à la chapelle. Chez nous, tout est discuté, il n’y a pas de moquerie, on apprend le respect,…Nous avons aussi un groupe de Chercheurs de Dieu qui se réunit tous les vendredis sur l’heure de midi (Et nous commençons les cours une demi-heure plus tard).

Que faire après Saint-Dominique-Savio ? Vers quels établissements se dirigent vos anciens élèves ?

Nos anciens élèves intègrent presque tous l’enseignement dit traditionnel. Nous en trouvons dans tous les établissements de la région (et aussi dans d’autres régions puisque nous avons régulièrement des élèves en internat). Les enfants n’étant pas en difficultés scolaires intègrent généralement ces écoles sans aucun problème d’un point de vue scolaire (Ils sont régulièrement « premiers » de classe) mais beaucoup d’entre eux se rendent compte du fossé qu’il y a entre ce qu’ils ont vécu chez nous et ce qu’on leur propose dans les autres écoles et s’en offusquent : beaucoup formulent des critiques très pertinentes… Quant à ceux qui avaient connu l’échec scolaire avant de venir chez nous, la moitié « rechute » mais à qui la faute ? En général, on ne tient pas compte de leurs difficultés…

Chaque année, il paraît que votre spectacle de fin d’année mélange tous les âges, cela est peu commun ! Pourriez-vous nous en dire plus à son sujet ?

Cette année, notre spectacle s’intitule « Né en moins 7 ». Nous y mettons en scène une grosse partie de l’Évangile de Saint Jean. C’est la première fois que nous faisons un spectacle de ce style (Voici quelques-uns de nos anciens spectacles : Émilie Jolie, Le retour de Mary Poppins, Oliver Twist,le Petit Prince, la Mélodie du Bonheur,…)

Le synopsis du spectacle :

– Le prologue de saint Jean (dans l’obscurité, avec un chant et des boules de jonglage lumineuses)
– Jean le Baptiste interprété par un garçon de 12 ans qui chante remarquablement bien.
– L’appel des disciples (une courte scène de théâtre)
– Les noces à Cana (avec tous les élèves qui le désiraient), la scène se termine par une danse.
– Un enseignement de Jésus (petite scène de 3 minutes) suivi du jeune homme riche par un petit garçon de 8 ans. La scène se termine par un chant des Poppys :  » Car les gens sont fais de la sorte  » .
– La scène suivante est jouée et chantée : les marchands du temple
– Nicodème (avec Jésus, un élève de 12 ans et Nicodème, un autre élève de 10 ans) : la scène est en partie chantée.
– La Samaritaine : scène jouée et chantée par Jésus et la Samaritaine
– Les paralysés guéris : une scènes jouées par tous ceux qui l’ont voulu.
– La multiplication des pains : scène d’ensemble : tous nos élèves sont sur scène : la scène se clôture par le chant  » Oh Happy Day  »
– Entracte
– Pain de vie : c’est une scène complètement chantée
– La femme pardonnée : scène jouée + chant « et si j’étais né en 17″
– Jésus et les petits enfants (avec nos maternelles) + hymne des JMJ  » Heureux les cœurs miséricordieux « (solistes entre 4 et 14 ans)
– L’aveugle-né : scène chantée (2 chants + jouée)
– Les rameaux : chant + scène de jonglage
– Le lavement des pieds + chant « les 10 commandements »(chanté en soliste par nos petits) et Jésus qui explique qu’il donne un commandement nouveau.
– La mort de Jésus avec un autre garçon de 12 ans qui chante très bien : Je l’ai vu seul
– Jésus est ressuscité : chant par les « femmes » (13 ans) et les apôtres (de 8 à 13 ans)
– Chant final : Resucito.

Durant tout le spectacle, nous avons deux conteurs : une fille de 13 ans et un garçon de 12 ans.
Sachez simplement que nous avons 25 enfants qui chantent vraiment très bien (ils forment ce qu’on appelle le petit chœur et sont pratiquement toujours sur scène), il y en a encore plus ou moins 30 qui chantent bien et qui interprètent, avec le petit chœur, quelques chants. Mais tous trouvent leur place dans le spectacle.

Depuis combien de temps les élèves préparent-ils cette comédie musicale ?
La préparation de ce spectacle aura pris toute l’année scolaire. Nous l’avons commencé en septembre.

Venez nombreux pour encourager les enfants qui préparent ce spectacle depuis le mois de septembre ! Chants, théâtre, danses et jonglage seront au rendez-vous!

Quand? les 29 et 30 juin 2017 à 19h30

Où? Tous les 3 ans nous présentons un spectacle au centre culturel Marius Staquet de Mouscron. Nous serons cette année dans cette salle de spectacle professionnelle, rue Roger Salengro.

Renseignements et réservations: 056 33 23 99 ou 51, rue de Bruges, 7700 Mouscron

Pour en savoir plus sur l’école : https://www.ecolesaintdominiquesavio.be/

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