2013

Ecole, lecture et sciences cognitives : quand expérimentation rime avec tradition

Alors que 120 000 enfants arrivent au collège en ne maîtrisant ni la lecture ni l’écriture (chiffres de l’Education Nationale), Canalacadémie, la radio de l’Académie Française, a consacré une émission fort intéressante à l’apprentissage de la lecture. Jean-Michel Blanquer, directeur de l’enseignement scolaire, Marie-Danièle Campion, recteur de l’académie de Clermont-Ferrand et Stanislas Dehaene, psychologue cognitif, professeur au Collège de France et académicien, évoquent le projet P.A.R.L.E.R. développé dans l’Académie de Grenoble (« Parler Apprendre Réfléchir Lire Ensemble pour Réussir »), et louent la réussite de cette méthode qui revient à des principes pédagogiques traditionnels.

Inscrit dans le cadre de prévention de l’illettrisme et de l’échec scolaire le programme P.A.R.L.E.R. (Parler Apprendre Réfléchir Lire Ensemble pour Réussir), a été réalisé par une équipe de recherche du Laboratoire des Sciences de l’Éducation de l’Université Pierre-Mendès-France de Grenoble et menée par Michel Zorman (médecin et chercheur, groupe Cogni-sciences, de cette université et du centre de référence des troubles du langage du Centre hospitalier universitaire de Grenoble).

Ce programme mis en place de 2005 à 2008 dans l’académie de Grenoble visait à réduire les inégalités sociales par un enrichissement langagier et cognitif sur toute la durée du cycle 2, avec des actions pédagogiques centrées sur le développement des compétences en compréhension, vocabulaire, phonologie, code, assemblage, fluence, production d’écrits…

L’essence de ce projet, présenté comme une « expérimentation » et une « innovation », apparaît surtout comme un retour plein de bon sens à des méthodes éprouvées : apprentissage systématique et répétitif, travail oral sur les sons, les syllabes et les rimes, développement du vocabulaire, apprentissage des codes syllabiques, tout cela en grande section de maternelle.

Les nouveaux outils pédagogiques utilisés s’appuient sur les avancées des sciences cognitives et de l’imagerie médicale, qui donnent à voir le fonctionnement du cerveau lors des processus d’apprentissage. La recherche scientifique n’apporte guère d’élément vraiment novateur, mais vient en réalité corroborer la pertinence des méthodes que l’expérience des âges avait établies. Parmi les pratiques conseillées, l’apprentissage simultané de l’écriture et de la lecture, avec une insistance sur l’écriture cursive. Stanislas Dehaene affirme en effet que  » les grands principes du code analytique doivent être enseignés aux enfants dès la maternelle ». Il condamne sans ambiguïté les méthodes globales et semi-globales, sans complaisance envers ce que la journaliste, Elodie Courtejoie, appelle « l’éternel débat méthode globale – méthode syllabique », débat qui n’a rien d’éternel, si l’on se souvient de la jeunesse de toutes ces innovations pédagogiques mises aujourd’hui en défaut. Stanislas Dehaene rappelle encore que seuls les exercices répétitifs, loin des variations incessantes censées retenir l’attention de l’enfant, ont une vraie efficacité. Ils ont en outre la vertu de donner confiance à l’enfant, confiance sur laquelle insiste aussi Marie-Danièle Campion.

Les apprentissages doivent être à la fois échelonnés et réguliers. C’est pourquoi, selon Stanislas Dehaene, « la concentration de l’école sur 4 jours est une absurdité. C’est une erreur, massive, qu’on a faite récemment ». Le témoignage d’une institutrice vient souligner l’efficacité du programme P.A.R.L.E.R., qu’elle applique dans sa classe de grande section de maternelle. Cette institutrice n’hésite pas à organiser sa classe en groupes de niveau (4 groupes, aux frontières perméables), notion qui commence à retrouver droit de séjour à l’école après des décennies de dénigrement.

Cette expérimentation et les échos élogieux qu’elle reçoit ont donc de quoi réjouir tous ceux qui sont investis dans des écoles mettant en œuvre des pédagogies traditionnelles, car ils prouvent la validité de leurs choix et la qualité de leur travail. L’Éducation Nationale ne devrait d’ailleurs pas hésiter à profiter de l’expertise des écoles indépendantes dans ce domaine !

Enfin, alors que beaucoup d’écoles publiques ou sous contrat accueillent les enfants dans des classes très chargées, les écoles indépendantes apparaissent encore comme les bons élèves à imiter : avec leurs effectifs réduits, elles semblent les seules, avec quelques classes rurales comme celle évoquée dans l’émission, à pouvoir assurer « la personnalisation du parcours selon chaque enfant » prônée par Jean-Michel Blanquer et Marie-Danièle Campion.

Le mot de la fin est laissé au directeur de l’enseignement scolaire : « Tenir compte de la recherche scientifique » permet « la conciliation entre tradition et modernité, ce qui est une définition qu’on peut donner du rôle de l’école ».

Article écrit par Virginie Subias-Konofal, docteur en lettres classiques.

Catégorie(s) : Faits et Analyses • [ Permalien ]

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