2017

Ecoles “hors-contrat” : Anne Coffinier répond à Libération

Enquête de Libération : “Les écoles hors contrat votent Fillon”

Au fil du texte, Anne Coffinier nous apporte ses réponses à l’article de Marie Piquemal.

Commentaire : Pour commencer, le titre n’a pas grand rapport avec le contenu de l’article. Tout au plus, pourrait-on dire que le candidat Fillon manifeste publiquement de l’intérêt pour ces écoles (ce qui ne signifie aucunement qu’il désavouerait les écoles publiques ou sous contrat ou s’en désintéresserait).
Mais de l’opinion politique des parents et professeurs des écoles indépendantes, on ne peut assurément rien savoir, si ce n’est que ces personnes ont probablement des opinions aussi variées que la diversité des écoles indépendantes.

Confessionnels, Espérance Banlieues, Montessori… Les établissements sans lien avec l’Education nationale,

Commentaire : Cette expression tout à fait exagérée : les écoles indépendantes ne sont pas « sans lien avec l’Education nationale ». Simplement, si elles ne sont pas régies par un contrat de type loi Debré, elles bénéficient néanmoins d’un cadre juridique précisément défini dans le Code de l’Education. Ce cadre a été résumé sous forme de la circulaire du 17/07/2015 à laquelle il est aisé pour tout un chacun de se reporter : http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=91556. Les « liens avec l’Etat » ne manquent pas comme on peut le constater à la simple lecture de cette circulaire de référence.

aujourd’hui peu encadrés, pourraient connaître un essor avec le candidat LR.

Commentaire : C’est une idée reçue sans fondement. Les écoles hors contrat sont davantage surveillées que les autres écoles car le contrôle qu’elles subissent porte sur l’ensemble de l’établissement, est réalisé chaque année conformément à la loi, porte sur le climat moral, sécuritaire, sur les risques d’embrigadement sectaire, le respect du Socle commun de connaissances, de compétences et de culture…
Ce contrôle a donc un champ très étendu. Qui peut prétendre que les écoles publiques ou sous contrat font l’objet de contrôles aussi approfondis, alors que seuls les professeurs sont inspectés et non pas l’établissement, que ces inspections portent purement sur les aspects pédagogiques (sans pour autant vérifier le niveau des élèves ou la réalité de leurs connaissances) et non pas sur les autres aspects (sécurité, moralité, embrigadement, absentéisme, incivilité, violence, harcèlement ; racket°…), et que ces inspections ont lieu en moyenne une fois tous les 7 ans ! Pourtant, les auteurs des attentats terroristes provenaient des écoles publiques, non pas des écoles privées.
Pourquoi suppose-t-on que les risques pour la sécurité publique seraient présents dans des écoles privées et pas dans des écoles publiques alors que les faits montrent pour l’heure le contraire ? Repéter à l’envi que les écoles hors contrat offrent moins de garanties de qualité et d équilibre en quelque sorte est donc une affirmation privée de tout fondement rationnel, qui ne résiste pas à l’épreuve des faits.

Si l’on s’en tient aux chiffres, c’est à n’y rien comprendre : les écoles hors contrat ne concernent qu’une minuscule part d’élèves (0,5 %) et pourtant, elles se retrouvent au cœur d’une bataille politique et d’influence au cours de cette présidentielle.

Commentaire : Il n’y a là rien de mystérieux. Les hommes politiques sont sensibles au phénomène que ces écoles représentent en raison de la croissance exponentielle de leur nombre, de leur progression numérique, et non pas de leur nombre absolu. Avec 93 nouveaux établissements ouverts en un an seulement, nous avons bien là un phénomène à ne pas négliger, qui témoigne d’un certain réveil éducatif français face à l’effrayante paralysie de l’Education nationale).

Si certains candidats restent flous sur leurs intentions (Emmanuel Macron ou Marine Le Pen), François Fillon est le seul à se dire ouvertement prêt à soutenir le développement de ces écoles qui n’ont aucun lien avec l’Education nationale. «L’Etat ne devra plus s’opposer à cette nouvelle offre éducative issue de la société civile ; il devra leur faciliter la tâche et les aider», a clamé le candidat LR à Besançon, le 9 mars.

Commentaire : Emploi d’un terme péjoratif (clamé), trahissant l’approche partisane du journaliste.

A la différence du privé sous contrat classique, dont les profs sont formés et payés par l’Etat,

Commentaire : Et non ! les professeurs ne sont plus formés par l’Etat depuis la création des ESPE. Les professeurs des écoles sous contrat sont formés par les ISFEC.

ces établissements hors contrat (il en existe 1 208 aujourd’hui) ne reçoivent pas un centime d’argent public, embauchent n’importe qui en guise d’enseignant

Commentaire : Cette formulation manifestement péjorative montre que le journaliste se départit de l’exigence d’objectivité qui devrait être la sienne. Les écoles indépendantes ne sont pas tenues de composer leur corps enseignant avec des enseignants de l’Education nationale, titulaires des concours de recrutement de l’éducation nationale comme le CRPE, le CAPES ou l’agrégation. Il n’y a rien de surprenant à cela : on voit mal comment on pourrait exiger des professeurs des écoles indépendantes qu’ils soient titulaires de ces concours alors que ces derniers servent à recruter pour l’Education nationale exclusivement ? Cela n’aurait pas de sens. Le CRPE, le CAPES ou l’agrégation sont des concours, pas des diplômes.
Ensuite, il faut constater que les écoles publiques comme privées sous contrat recourent de manière croissante à des contractuels, qui sont parfois recrutés dans des conditions rocambolesques (sur le Bon Coin, à l’ANPE…). Je vous envoie à l’émission d’Envoyé spécial qui montre que n’importe qui peut être remplaçant dans une école publique.
Et puis, ne sait-on pas qu’on recrute dans l’Education nationale jusqu’à 4/20 de moyenne. Un recrutement à vie qui plus est ! Ne sait-on pas qu’on recrute des professeurs à vie par un concours au rabais dans l’académie de Créteil et que ces professeurs recrutés parmi ceux qui ont échoué au concours traditionnel peuvent ensuite enseigner partout en France, paré du lustre du statut de professeur titulaire ? N’est-ce pas l’assurance de dégrader la valeur des véritables concours et donc le prestige des professeurs titulaires ? Et puis, les professeurs de l’Education nationale sont inspectés une fois tous les 7 ans en moyenne !
Notre conclusion est que l’Etat a laissé dégrader le niveau des concours qui ne sont plus un gage systématique de qualité académique, et nous sommes les premiers à nous en désoler car c’était un atout indéniable du système français. Le caractère désastreux de la préparation pratique au métier d’enseignement dans les ESPE, qui succèdent aux IUFM, est connu de tous. Avoir bénéficié de la formation Education nationale lorsqu’on est un professeur n’est en rien un atout !

sans condition de diplôme

Commentaire : Ce n’est pas parce que l’Etat ne fixe pas de minimum que les directeurs embauchent n’importe qui, sans regarder les diplômes, l’expérience ou la personnalité. Mais les diplômes ne font pas tout. Ce n’est pas parce que vous avez un doctorat de sciences de l’éducation que vous saurez bien enseigner une classe de français de première ! Vous aurez plus de chance d’être bon professeur en ayant été homme de théâtre ou éditeur dans une vie antérieure, ou en parallèle. Les diplômes ne sont pas l’alpha et l’omega de la qualité intellectuelle, humaine et pédagogique d’un professeur ! Dans la vie normale de l’entreprise, la loi ne fixe pas les niveaux de recrutements de tel ou tel poste, et ce n’est pas pour autant que les entreprises recrutent n’importe qui, en dépit du bon sens. La qualité des professeurs est le seul véritable actif d’une école que les parents sont libres de choisir ou pas. Il est bien évident que les directeurs, conscients de cela, recrutent avec le plus grand soin…,

et ne sont pas tenus de suivre les programmes officiels

Commentaire : C’est franchement un avantage, au regard de la mauvaise qualité de ces derniers ! Notons néanmoins que les écoles indépendantes sont tenues de respecter le Socle commun de connaissances, de compétences et de culture qui est presque plus contraignant que les programmes. Notons également que pour toutes les classes à diplômes comme la 3ème, la 1ère et la terminale, les écoles indépendantes suivent de facto très largement les programmes, même si elles les complètent le plus souvent par d’autres enseignements qui leur semblent nécessaires pour enrichir le parcours de formation de leurs élèves.

En France, la liberté d’enseignement – celle-là même qui permet aussi d’instruire son enfant à domicile – est tout en haut de la hiérarchie des normes, érigée au rang de liberté fondamentale

Commentaire : N’est-ce pas tout ce qu’il y a de plus normal dans un Etat de droit comme prétend l’être la France ?

L’Etat a seulement le pouvoir de vérifier que les milliers d’élèves inscrits dans ces écoles (ou à domicile) acquièrent le socle minimal de connaissances

Avez-vous vraiment déjà regardé la taille du Socle de connaissances, de compétences et de culture dont le respect est imposé par la loi à toutes les écoles pour oser le qualifier de « socle minimal » ? Ce n’est pas un socle minimal, c’est un véritable mastodonte qui écrase toute liberté sur son passage, qui jargonne, et qui prétend tout régenter en utilisant des termes tellement vagues qu’on ne sait jamais si l’on respecte ou non le cadre et qu’on ne se trouve pas ainsi opportunément à la merci d’une sanction de l’inspecteur.

et qu’il n’y a pas de trouble porté à l’ordre public et aux bonnes mœurs.

Commentaire : A notre époque, je souhaite bonne chance à celui qui pourra définir ce que sont les bonnes mœurs…

En juin dernier, la ministre de l’Education, Najat Vallaud-Belkacem, avait annoncé un renforcement des contrôles, expliquant être «préoccupée» : «Je reçois de plus en plus de signalements. Des citoyens, des élus locaux inquiets de voir se développer en France des embrigadements idéologiques ou confessionnels hostiles aux valeurs républicaines», disait-elle.

Commentaire : De quoi parle-t-on ? La ministre fait état de rumeurs d’une manière tellement vagues. Aurait-elle peur de discriminer un type d’école en particulier, à moins qu’elle ne parle de phénomènes qui en réalité n’ont rien à voir avec des écoles déclarées, qui relèvent tout simplement du communautarisme, de repli et de la radicalisation islamiste qui se développent en toute impunité en France… On voit mal comment les écoles privées hors contrat, qui scolarisent 0,5% des enfants, et dont 3/5ème sont non confessionnelles, pourraient avoir une quelconque responsabilité dans ce processus à l’œuvre en France et dans le monde.

Elle publiait dans la foulée une circulaire pour systématiser les inspections (La loi prévoit une inspection par an. Si l’Etat n’acquitte pas de son devoir de contrôle, on ne peut tout de même pas en faire grief aux écoles indépendantes. Par ailleurs, il serait judicieux que l’Etat concentre ses inspections sur les structures les plus susceptibles de menacer l’ordre public, et notamment qu’il détecte, avec l’aide des services de renseignement, les structures de cours clandestines et les soumettent à contrôle) et annonçait son intention de modifier le mode d’ouverture de ces établissements. L’idée était de passer d’un régime de déclaration simple à un système d’autorisation préalable, pour permettre aux autorités d’empêcher une école d’ouvrir si son objet s’avère contraire aux valeurs de la République.

Commentaire : Où trouve-t-on une définition en droit français des valeurs de la République ? On voit mal une école présenter un projet écrit violant les valeurs de la République. Les personnes mal intentionnées se donnent en général un minimum de mal pour donner le change et ne vont pas crier sur le toit leurs intentions coupables. Ce n’est qu’en visitant sur place une école en fonctionnement qu’on peut en prendre le pouls réel.

C’était le premier acte (visible) de la bataille politique. Il n’a pas fallu longtemps au camp adverse pour riposter :

Commentaire : Des parlementaires de tous bords avaient prévenu en séance que ce texte était scandaleux parce que sans efficacité et trop gravement liberticide. Il est logique qu’ils aient saisi le Conseil constitutionnel.

des parlementaires de droite ont saisi le Conseil constitutionnel… qui a censuré le texte en janvier : le régime d’ouverture reste donc inchangé. Car la droite

Commentaire : Non, le régime reste inchangé parce que le passage à un régime d’autorisation a été invalidé par les sages, qui sont loin de ne compter que des gens de droite, puisqu’ils comptent le président Fabius, L. Jospin, Charasse… socialistes notoirement peu sensibles aux charmes de l’école libre dont peu suspects d’avoir voulu la favoriser.

tente de défendre une position paradoxale, et pour le coup peu lisible : elle est à la fois la première à dénoncer les ouvertures d’écoles musulmanes

Commentaire : Ah bon, elle ferait l’amalgame entre les écoles musulmanes et les écoles islamistes radicales ?

et à souhaiter les encadrer au maximum au nom de la lutte contre le radicalisme

Commentaire : Seul Eric Ciotti avec sa proposition de loi avait emprunté cette voie, sans doute par démagogie électoraliste ; l’écrasante majorité des députés de droite comme de gauche d’ailleurs sait bien que l’essentiel de la lutte contre le radicalisme en milieu scolaire doit se jouer à l’évidence sur le terrain de l’école publique, et des écoles clandestines ou activités périscolaires développées par des personnes musulmanes.

et la première à souhaiter plus de liberté (et de moyens) pour les écoles alternatives, notamment catholiques.

Commentaire : Quelle contradiction y a-t-il là ? Contrôler plus les structures où le radicalisme islamiste peut se développer et faciliter les alternatives pédagogiques confessionnelles ou pas n’a rien de contradictoire. On ne voit pas pourquoi il serait juste de traiter deux réalités différentes de la même manière. Et en plus, les écoles musulmanes pouvant poser problème sont probablement davantage des écoles non déclarées en tant qu’écoles mais plutôt sous formes d’activités périscolaires ou culturelles….

Dans son programme, Marine Le Pen, elle, est plus claire : elle vise les écoles confessionnelles musulmanes, en souhaitant «contrôler plus strictement la compatibilité avec les valeurs de la République des enseignements dispensés dans le privé hors contrat.»

En coulisses, des réseaux s’activent depuis un bout de temps. Une bagarre de fond, idéologique, qui pourrait remettre en cause le système éducatif en le privatisant.

Commentaire : Le système éducatif français est composé, avec une égalité de droit, par des écoles publiques, privées sous contrat et hors contrat et des familles pratiquant l’instruction à domicile. Comme Najat Vallaud Belkacem l’a rappelé il y a peu, il n’y a aucune hiérarchie de droit à établir entre ces différentes formes d’éducation, aucun jugement de valeur à porter. Toutes sont prévues et garanties par les lois fondamentales de la République. Ainsi donc, vouloir rendre les écoles privées accessibles à tous en les rendant financièrement plus abordables grâce à l’intervention de l’Etat n’est pas de nature à « remettre en cause le système éducatif ». Tout au plus une telle décision faciliterait -elle le libre choix de l’école par les citoyens les moins favorisés socio-économiquement, ce qui ne devrait choquer personne.

Sur le champ de bataille, on trouve d’abord les armes bien affûtées : la Fondation pour l’école, créée en 2006

Commentaire : Non, en 2008, par le décret du premier ministre du 18 mars 2008)

et dont l’objet social est de promouvoir le hors-contrat. Elle a été reconnue d’utilité publique sous Nicolas Sarkozy, et les dons qu’elle reçoit sont défiscalisés.

Commentaire : Ce n’est que justice. Puisque la liberté d’éducation est un droit reconnu constitutionnellement mais aussi dans l’ensemble des droits nationaux, européens et internationaux, il est normal que l’Etat encourage la société civile à mettre en œuvre ce droit. L’Etat pourrait même aller plus loin, et financer l’exercice du libre choix de l’école pour tous, de manière à assurer une égalité des chances réelle qui passe notamment par l’aptitude à scolariser son enfant dans une école privée.

La déléguée générale

Commentaire : Autre erreur matérielle (je suis directrice générale)

Anne Coffinier, est une énarque, passée par la rue d’Ulm,

Commentaire : Je suis normalienne en histoire, promotion AL 95 ; je ne me suis pas contentée de faire un petit tour…

« pur produit de l’école publique », comme elle se définit elle-même. Ce qui ne l’empêche pas, dans la phrase qui suit, de mettre au bûcher

Commentaire : Dire que l’école publique n’est que l’ombre d’elle-même et proposer de la pousser à la réforme pour la sauver grâce à un stimulation extérieure n’a rien de « mettre au bûcher ». En revanche, l’école publique n’a aucun droit au monopole. La France, pour rester libre, a besoin d’un réel pluralisme éducatif

le système éducatif français : « Il est totalement sclérosé, au bord de l’explosion. » Anne Coffinier aime répéter qu’il faut « aérer le système ». Ou encore : « Permettre une respiration en rendant la liberté de choix aux familles. » Dans son argumentaire, elle trouve « honteux » que ces établissements hors contrat ne reçoivent pas de financement public

Commentaire : Oui, c’est scandaleux, car cela revient à traiter les parents et les enfants des écoles indépendantes comme des citoyens de deuxième zone qui ne sont bons qu’à payer par leurs impôts l’école des autres mais qui n’ont droit à rien de la part de l’Etat quand il s’agit d’instruire leurs enfants dans le cadre d’une école libre, alors que le droit constitutionnel, européen et international consacre au plus haut niveau ce droit de choisir l’éducation et donc l’école de leurs enfants.

« Aujourd’hui, les parents se retrouvent à payer plusieurs fois pour l’éducation de leurs enfants : les impôts comme tout le monde, puis les frais de scolarité quand ils veulent offrir une instruction différente de celle que propose le système actuel. » Le privé sous contrat s’est, dit-elle, « trop souvent normalisé », au point de ne plus être une alternative pour les familles.

Commentaire : D’une école privée sous contrat à l’autre, la situation diffère fortement. Néanmoins, le choix du cadre sous-contrat d’association conduit à un alignement sur les programmes de l’Education nationale et donc à une uniformisation de la proposition éducative. Par exemple, Dieu ou la mort ne sont plus au programme de philosophie depuis 2003. Dommage non ?

« Privé conventionné » :
Le remède politique de cette libérale décomplexée ? Là encore, tout est bien ficelé : créer un nouveau secteur qu’on appellerait « privé conventionné », et qui serait une forme de contrat allégé avec la puissance publique. L’Etat accorderait des financements tout en laissant une large autonomie aux établissements : ils seraient libres de recruter ceux qu’ils souhaitent (des profs détachés de l’Education nationale ou des personnes de tout autre horizon). Ils ne seraient pas tenus non plus de respecter les programmes, juste s’accorderait-on sur une liste « simple et courte » de connaissances qui doivent être acquises à tel et tel âge.

Commentaire : par opposition au caractère bavard, imprécis et largement irréaliste du Socle commun de connaissances, de compétences et de culture qu’il faut aujourd’hui respecter.

En contrepartie de cette liberté, les établissements auraient une obligation de résultat. Dans la tête d’Anne Coffinier, le contrôle ne serait plus du ressort des inspecteurs de l’Education nationale («juges et parties», selon elle)

Commentaire : L’Education nationale est opérateur en ce sens qu’elle a un réseau d’école qui scolarise en direct 80% des élèves ; en parallèle, elle inspecte et peut faire fermer les écoles privées, qu’elle perçoit comme ses concurrentes. C’est en cela que l’Education nationale est dans la situation d’être juge et partie et que cette situation n’est pas saine. En droit européen, on tend à dissocier dans la plupart des domaines d’opérateur du régulateur de service. C’est un principe sain qu’il convient d’appliquer aussi en matière éducative.

mais externalisé à des cabinets d’audit. Dans son programme politique, elle propose dans un premier temps d’ouvrir ces écoles «là où les besoins sont les plus importants, notamment dans les zones prioritaires». Comme les écoles Espérance Banlieues soutenues par une brochette de personnalités

Commentaire : Idem, expression péjorative… qui montre que le journaliste n’a pas adopté une posture objective)

comme Jean-Louis Borloo, Mélissa Theuriau ou Jamel Debbouze ? La Fondation pour l’école «abrite» juridiquement, et aide financièrement (2,75 millions d’euros versés l’année dernière) une myriade

Commentaire : Non, pas une myriade, (qui étymologiquement signifie dix-mille et par extension une quantité indéfinie et indénombrable) simplement 11 fondations, conformément à notre habilitation officielle à héberger des fondations sous égide.

de petites fondations, dont Espérance Banlieues, qui compte huit écoles. Dans une enquête du 24 février, le magazine Causette

Commentaire : On trouve source plus sérieuse que ce journal militant quelque peu exalté, qui donne dans l’enquête à charge…

montrait les liens entre ces écoles Espérance Banlieues et la droite conservatrice de Fillon, très active depuis la Manif pour tous. Anne Coffinier s’en défend, furieuse :

Commentaire : Idem, formulation péjorative. Notre fondation est apolitique et apartisane, ce qui signifie qu’elle présente ses idées à tous les responsables politiques potentiels, sans exclusion, et qu’elle travaille avec tous les gouvernements successifs pragmatiquement. :

« Ce n’est pas vrai, je n’ai aucun positionnement politique. Il y a toujours ce primat idéologique de la gauche qui stérilise le débat et empêche d’avancer. »

Annie Genevard, députée LR chargée du programme éducation de Fillon, reprend pourtant mot pour mot la proposition de Coffinier : « Notre idée est d’apporter un appui matériel aux écoles hors contrat dans les territoires à besoin éducatif particulier », dit la députée. « Il est normal en campagne présidentielle de faire passer nos idées aux candidats ! rétorque Anne Coffinier. Nous avons aussi nos entrées chez Macron. Il tenait la plume du rapport Attali de 2008 qui préconise le chèque éducation», existant notamment dans les pays anglo-saxons. (et bien d’autres, tels la Suède, les Pays-Bas etc…) Il s’agit de verser aux familles une somme d’argent à dépenser à leur guise dans un établissement public ou privé de leur choix. Pour autant, le candidat d’En marche reste, dans son programme, silencieux sur la question.

«Oreille attentive»
La Fédération nationale de l’enseignement privé (Fnep), seule organisation représentative des directeurs du hors-contrat, frétille.

Commentaire : Vocabulaire péjoratif montrant la partialité du journaliste.

Jamais des candidats à la présidentielle n’avaient prêté une «oreille aussi attentive» aux hors-contrat, s’enthousiasme son président, Patrick Roux. Il ne tient pas à s’étendre sur l’influence d’Anne Coffinier, avec la vitrine médiatique d’Espérance Banlieues. Pour lui, si les candidats sont à l’écoute, c’est « peut-être parce qu’ils prennent conscience que, malgré tous les efforts financiers qui sont faits, des élèves sortent aujourd’hui de l’école primaire sans savoir lire ». Il se veut mesuré dans ses propos : « Je ne sais si c’est réel ou fantasmé, mais il y a ce sentiment, diffusé dans la société, que l’école publique est en difficulté. Les parents recherchent donc des alternatives. »
Le ministère chiffre à 178 établissements ouverts l’an dernier, sans que l’on sache combien ont fermé dans l’intervalle. L’équilibre financier est souvent précaire. Danièle Duvivier, membre du bureau de l’association Montessori de France, acquiesce. «Ce n’est pas le monde des Bisounours. Une école a vite fait d’être au bord de la fermeture. Allez savoir pourquoi, à la différence des fondations comme Espérance Banlieues, la fondation Montessori ne reçoit pas beaucoup de dons », lance-t-elle ironiquement. L’association Montessori se retrouve de fait – et malgré elle – dans cette bataille d’influence pour le hors-contrat. « Nous ne sommes pas dans ce combat, nous sommes apolitiques. Notre seule revendication, c’est de pouvoir pratiquer la pédagogie telle que Maria Montessori la définissait. Et si cela était possible au sein de l’Education nationale, nous ne serions pas contre ! » explique Danièle Duvivier.

Commentaire : Le hors-contrat n’est pas une fin en soi pour la Fondation pour l’école. C’est un cadre qui donne les libertés nécessaires pour qu’une école fasse bien son travail. Il n’y a donc aucune différence entre la posture de Mme Duvivier et la nôtre.

Mais une autre chose l’inquiète : le hors-contrat, vu comme un nouvel eldorado financier possible. « C’est un secteur à la mode aujourd’hui », décrypte Martine Depas, qui travaille pour le cabinet de conseil la Financière de Courcelles. Elle conseille depuis dix ans les investisseurs qui s’intéressent à l’éducation. Au début, son activité était centrée sur le supérieur, mais s’étend depuis trois ou quatre ans au primaire et secondaire. «On est encore au tout début, le marché intéresse pour l’instant des jeunes sortis d’écoles de commerce, sous la forme de start-up. Mais il va vite se développer, comme dans le domaine de la santé avec les cliniques privées, prédit-elle. On entend dire de plus en plus que le système public se dégrade, beaucoup de familles sont prêtes à payer.»

Commentaire : Le secteur privé ne se développe autant que parce que le secteur public ne donne pas satisfaction, ou ne satisfait pas toutes attentes légitimes de la société civile. Si l’on veut éviter que ne se développent des acteurs lucratifs, il faut faciliter le développement d’acteurs non lucratifs, et donc montre en place un cadre juridique et financier propice à leur développement, ce qui passe par un financement public du libre choix de l’école ou par un crédit d’impôt à 50% pour les frais de scolarité engagés par les familles recourant aux écoles hors contrat. L’Etat doit prendre ses responsabilités. En rendant la vie impossible aux écoles indépendantes non lucratives, il déroule un tapis rouge aux écoles privées lucratives.

Marie Piquemal

et Anne Coffinier !

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