2018

[HANDICAP] Inclusion à l’école, l’exemple danois

En matière de handicap et d’école inclusive, la France peut mieux faire et c’est parfois à l’étranger qu’il faut chercher des solutions, du moins s’en inspirer. C’était l’objet d’un déplacement au Danemark de Jean-Michel Blanquer, Ministre de l’éducation et Sophie Cluzel, Secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées, jeudi 1er mars 2018.

Pourquoi le Danemark ?

D’abord parce que le Danemark présente des résultats plutôt bons aux enquêtes de niveaux des élèves PISA, menées par l’OCDE. Comme d’autres pays scandinaves, le Danemark se situe, lors de la dernière enquête en 2015, au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE et affiche même une progression en maîtrise des sciences et en compréhension de l’écrit. Bien qu’il faille en nuancer les performances (baisse en mathématiques), le modèle danois réussit pour plusieurs raisons : 1- l’implication des parents dans l’éducation des enfants qui s’est accompagnée à partir des années 90 d’une politique de libre choix et de financement des établissements privés ; 2- l’autonomie de gestion des établissements par les directeurs ; 3- les professeurs sont libres d’organiser leurs cours et disposent d’une vraie liberté pédagogique. La principale réserve de l’OCDE à l’égard du système éducatif danois est la performance moyenne du pays rapporté à la dépense publique pour l’éducation. Autrement dit, l’état dépense beaucoup, pour un résultat moyen…  (Pour aller plus loin, CF rapports de l’OCDE plus bas.)

Gestion du handicap

Pour mieux intégrer les élèves handicapés à l’école, le Danemark a également développé une politique inclusive, accélérée en 2006 par la ratification de la Déclaration de Salamanque pour l’inclusion et à partir de 2012 quand le gouvernement a fixé l’objectif de scolariser 96% des élèves handicapés dans les écoles publiques ou privées. Ainsi dans son avis de juin 2014 “Mieux accompagner et inclure les personnes en situation de handicap”, le CESE (Conseil économique, social et environnemental) citait le pays en exemple :

“Les conditions de scolarisation des élèves à besoins éducatifs particuliers varient singulièrement selon les caractéristiques des systèmes éducatifs. Dans les systèmes éducatifs scandinaves qui, d’après les travaux de Pisa, sont relativement intégrateurs et cohésifs et où la question de la diversité fait partie intégrante du fonctionnement des établissements scolaires, il est intéressant d’observer que, par exemple, au Danemark, tout enseignant est responsable d’élèves en difficulté : tout enseignant, qu’ils soient dans sa classe ou non. En effet, l’établissement scolaire est pensé comme une communauté de vie au sein de laquelle se joue la citoyenneté. À partir du moment où vous pensez l’établissement scolaire comme une communauté de vie, la question de la diversité fait partie intégrante du fonctionnement de l’établissement. C’est à ce titre que les rapports entre enseignants et élèves sont des rapports qui ne sont pas uniquement liés à la question des apprentissages, mais également à celle des rapports liés à l’inscription sociale et à la socialisation. Ce sont aussi des pays où la place des parents est particulièrement présente dans le processus éducatif.”
Avis Mieux accompagner et inclure les personnes en situation de handicap

L’allocation des ressources au coeur de l’inclusion

Lors de leur voyage, nos ministres ont été reçus dans 3 établissements de Copenhague, capitale du pays, afin d’évoquer “la prise en charge des élèves en situation de handicap de la maternelle jusqu’à la formation professionnelle”.

Une journaliste du Figaro présente sur place résume l’une des visites :

Dans cette école publique en briques rouges du XIXe siècle, pionnière de l’inclusion scolaire à Copenhague, «8 à 10 % des 765 élèves de 6 à 15 ans souffrent de troubles, à des degrés divers, dont certains graves: dix sont soit autistes soit atteints du trouble du déficit de l’attention/hyperactivité (TDAH) ou bien du syndrome de La Tourette, qui s’exprime par des tics moteurs et verbaux comme les insultes ou les mots obscènes», selon Axel Bech, directeur de l’école depuis trente-cinq ans. L’objectif numéro un des autorités pour se conformer aux obligations internationales du royaume scandinave […] et pour mettre un terme à la discrimination et à l’isolement des enfants parqués dans des établissements spécialisés fort onéreux, engloutissant un tiers du budget de l’école publique.

Le défi est de taille: inclure plus de 10.000 élèves des écoles spécialisées dans l’école ordinaire, en octroyant plus de moyens. Avec 49 enseignants et 25 pédagogues, l’école dirigée par Axel Bech a été choisie comme «centre de compétences et source d’inspiration pour les autres établissements». À ces fins, elle reçoit une allocation supplémentaire, notamment pour financer huit à neuf heures de cours hebdomadaires de soutien aux élèves les plus en difficulté ou bien pour envoyer ses professeurs en stage mieux se former à ces profils.Article du Figaro

Si le Danemark s’est fixé l’objectif de l’école inclusive, il s’en donne les moyens humain et budgétaire. Avec une particularité qui est d’allouer les ressources en fonction des enfants et non de l’établissement qui les accueille.

Et en France ?

En France, depuis l’arrivée du nouveau gouvernement, l’inclusion des élèves handicapés est devenue l’un des objectifs prioritaires de l’Education nationale dont les retards se font sentir alors que le nombre d’élèves handicapés inscrits dans des établissements relevant du public a augmenté de 7,5% entre la rentrée 2015 et la rentrée 2016. Ils sont désormais plus de 300 000 élèves à être scolarisés dans des établissements publics et privés sous contrat.

Mais alors que toutes les demandes d’AVS (Assistante de vie scolaire) ne sont pas honorées faute de moyens, beaucoup de parents font le choix d’écoles sans contrat, à plus petits effectifs. Ce choix, quand il n’est pas dû à l’absence de mise aux normes des écoles publiques, est en partie la conséquence  d’un manque d’accompagnement, de disponibilité, et de formation du personnel enseignant dans des classes en sureffectif et  peu adaptées.

 

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