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Les conséquences de la réforme de l’éducation aux Etats-Unis

(C) Los Angeles Times

L’élection de Donald Trump fait couler beaucoup d’encre depuis quelques mois. Fidèle à son programme libéral, il veut réformer l’école pour la rendre plus libre et indépendante de l’Etat. Le budget consacré à la réforme de l’éducation est important et supprime nécessairement des fonds à d’autres niveaux. Retour sur un projet éducatif aux conséquences controversées.

1,8 million d’enfants américains sont aujourd’hui scolarisés à domicile (sur près de 70 millions d’élèves) à cause de la montée de l’insatisfaction des familles (3/4 se montrent insatisfaites aujourd’hui par les propositions d’enseignement). Environ 3,4% des élèves américains suivaient un enseignement chez eux en 2012, d’après le Centre national des statistiques pour l’éducation, soit plus du double de 1999 (selon l’article du 14/03 du courrier international [1]). Les prévisions augurent la hausse continue de ce chiffre avec l’application du programme de D. Trump.

Le gouvernement fédéral a décidé de suspendre une partie du budget qui autrefois profitait aux établissements publics afin de l’assigner aux chèques éducation ou vouchers et aux écoles conventionnées ou Charter schools. Rappelons que le chèque-éducation est une somme d’argent versée du gouvernement fédéral directement à l’établissement privé afin d’aider la famille à financer tout ou partie de la scolarité de l’enfant. Les charter schools ont un financement public mais une gestion privée, elles sont donc à la fois libres de leurs moyens mais comptables de leurs résultats.

Betsy DeVos est depuis 2000 une fervente partisane de l’Alliance for School Choice, l’organisation la plus importante d’Amérique promouvant la liberté scolaire et a favorisé dans l’état de Michigan l’instauration des vouchers (cf. article du 25/11/16 [2]). Des mouvements de manifestations se sont fait connaître depuis qu’elle a proposé de verser des fonds fédéraux à toutes les familles qui quitteraient l’école publique.

D. Trump et B. DeVos ont ainsi ensemble décidé de retrancher 13,5 % soit 9,2 milliards de dollars au budget de l’éducation et d’accorder 1,4 milliard de dollars aux écoles libres dont 168 millions de dollars aux écoles conventionnées ainsi que 250 millions pour financer un nouveau programme aux écoles privées (selon le L.A times [3]).

Cette coupe budgétaire aura par exemple de lourdes conséquences sur le budget consacré à la formation des professeurs. Linda Darling Hammond, professeur à l’université de Stanford confie à Edsource [4] que cette réforme se justifie par le fait qu’elle a pour but de réduire l’effectif des classes par la réduction du nombre de professeurs. Mais cette décision oblige aussi à restreindre le nombre d’emplois dans le personnel, les dépenses en matériel scolaire, en outils technologiques, en transports et devrait entraîner l’élimination de 20 programmes scolaires. La secrétaire fédérale de l’Education assure que cette suppression permettra la mise en place de programmes plus efficaces et économiques.

C’est l’état le plus peuplé, la Californie, qui s’apprête à subir les plus importants contrecoups de cette baisse budgétaire. En effet, au moins 15 circonscriptions scolaires vont perdre 18 millions de dollars. Il faut savoir qu’en 2014, ces districts recevaient un quart de tout le budget de l’Etat.

Le porte-parole même de la California Charter Schools Association, Jason Mandell, s’inquiète de ces restrictions budgétaires proposées au Congrès car elles vont aussi avoir un impact sur ces circonscriptions dans la mesure où elles sont financées par le gouvernement fédéral. Selon les différents budgets accordés aux charter schools d’année en année, leur différence d’implantation est flagrante. D’ailleurs Ron Rice Jr, directeur des relations gouvernementales au sein de la National Alliance for Public Charter Schools, dit lui-même que « l’argent fait toute la différence ». Les écoles conventionnées nécessitent aussi bien de l’argent fédéral que de l’argent national. Ainsi, une coupe dans le budget fédéral de l’enseignement public aura aussi une répercussion sur elles en tant qu’elles seront immanquablement touchées par les services qui leur étaient fournis dans le secteur public. En 2010, la Californie avait reçu 290 millions de dollars de la part de l’État fédéral qui ont permis d’aider 323 écoles conventionnées jusqu’en 2016. Pour l’année budgétaire 2016-2017, la Californie a reçu pas moins de 112 millions de dollars pour la même tâche.

Une autre conséquence de cette réforme budgétaire : un milliard de dollars de l’argent économisé est maintenant reversé à des programmes chargés de soutenir des étudiants aux parents à revenus faibles et 13 milliards de dollars pour financer l’Individuals with Disabilities Education Act (IDEA) [5] qui profite à plus de 6,5 millions d’enfants handicapés.

Cette coupe notable dans le budget attitré du domaine de l’Education a donc un double effet : d’une part, plus d’argent est directement dédié au financement d’écoles pour élèves en difficultés multiples et aux charter schools mais d’autre part, comme celles-ci dépendent de services fournis par le secteur public, elles sont également frappées au niveau global par le désengagement de l’Etat en matière d’éducation. Un paradoxe de la politique de Trump, malgré l’émergence considérable de la liberté scolaire au sein des Etats fédérés dont elle témoigne.

Claire Auban

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#1 Commentaire By Sido le 12 avril 2017 à 13 h 41 min

A mon avis, cet article, par ses références allusives notamment, est peu clair pour quiconque n’a pas une connaissance préalable de l’organisation scolaire aux Etats-Unis. En particulier (mais ce n’est qu’un des problèmes) il aurait fallu dès le début pour dissiper toute ambiguïté préciser ce que signifient “fédéral” et “national” : quel adjectif désigne ce qui vient de Washington et quel autre ce qui relève de l’Etat local (pour mémoire, le lecteur peu averti ne sait pas forcément, même vaguement, qu’aux USA existe une répartition des pouvoirs et compétences entre l’administration centrale de Washington et chacun des 51 Etats). Autre exemple : quand l’article parle du désengagement de l’Etat, s’agit-il de l’Etat central ou de l’Etat local ?