2014

Billet d’humeur sur les méthodes de lecture

Photo Dominique Roquelet

On croyait l’affaire entendue, le débat clos, la hache de guerre enterrée. Les plus optimistes avaient cru en la validité de l’interdiction décrétée par le ministre Robien, en 2006.

Les plus lucides n’avaient pas oublié le revirement immédiat, les nuances, les atermoiements, les compromis et le verdict : la méthode globale – et toutes ses petites-soeurs et cousines – restait autorisée, mais seulement si elle était accompagnée de l’apprentissage systématique du code alphabétique. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Ma fille est en CP dans une petite école publique rurale. 18 élèves en double niveau CP-CE1. Elle n’a vu en classe que les 4 premières voyelles, et a juste appris l’alphabet par une comptine dans laquelle D rime avec “alphabet” et et L avec “Voyelles”. Mais on lui demande ce soir de “lire” puis de recomposer, à partir des étiquettes qu’elle aura dû au préalable découper  (béni soit l’inventeur de la photocopieuse !) : “J’ai rêvé que j’étais le chef du monde. J’ai rêvé que mon nounours était vivant. J’ai rêvé que je n’avais plus peur dans le noir”. Pour être bien sûr que les enfants auxquels des parents prudents auraient pu commencer à apprendre à lire au cours de l’été ne puissent pas déchiffrer réellement ces phrases, on y a tout mis : voyelles nasalisées (“an”, “en”, “on”), diphtongues (“ai”, “ou”, “oi”, “eu”), lettres finales muettes (“vivant”, “étais”, “enfants”), et le “qu”, si simple à décomposer…

Comme je suis une mère indigne, je vais subrepticement reprendre un manuel de lecture analytique et organiser quelques séances intensives, quoique clandestines, d’apprentissage des codes syllabiques.

Mais combien d’enfants sacrifiés continueront à subir des méthodes dont on connaît l’inefficacité profonde, quand elles n’ont pas sur les enfants des effets délétères, qui se feront longtemps, voire irrémédiablement, sentir ? A quand une véritable enquête, fiable et objective, sur les méthodes qui sont réellement utilisées dans les classes ? A quand la salutaire et tant attendue campagne de re-formation des enseignants, qui ne font qu’utiliser les seules méthodes qu’ils connaissent ?

Une mère

Catégorie(s) : Tribunes libres et interviews • [ Permalien ]

3 réponses à Billet d’humeur sur les méthodes de lecture

  1. Colette Stanley dit :

    et oui, il faut que les parents fassent de la résistance.
    L’année d’entrée de ma fille en CP (il y a déjà 11 ans de cela), j’ai pris les devants et acheté une bonne méthode syllabique sur laquelle nous avons travaillé pendant les vacances de façon ludique. Résultat, tout comme sa soeur ainée 10 ans auparavant, elle “savait” lire à Noël.. Elle était dans une classe mixte CP/CE1 et elle a ensuite “sauté” le CE1 pour accéder directement en CE2.

  2. Chartiot dit :

    Pour mettre un terme définitif à cette “guerre”, en fait à la malhonnêteté des enseignants qui mentent aux parents en leur assurant qu’ils ne mettent pas en œuvre une méthode globale (globalisante, mixte, progressive, semi-globale, etc.) alors que dans le même temps ils font faire des découpages de mots à nos enfants, il faut leur mettre leur nez dans leur caca. Les recherches d’un professeur au Collège de France (Stanislas Dehaene), titulaire de la chaire de psychologie cognitive expérimentale et membre de l’Académie des sciences, a écrit un bouquin dans lequel il raconte son travail de recherche sur l’apprentissage de la lecture. Sa démonstration est cinglante et définitive: la lecture ne peut s’acquérir que par l’enseignement syllabique et surtout pas globale, preuves scientifiques à l’appui. Son livre s’appelle: “les neurones de la lecture” publié aux éditions Odile Jacob.

  3. une ancienne instit dit :

    je suis institutrice retraitée et je fais du soutien scolaire à domicile. Après lecture de ce billet d’humeur je confirme que les méthodes de lecture complètement globales perdurent, même dans les grandes villes. C’est une catastrophe ! Cela commence dès la moyenne section de maternelle . En CP les méthodes “Ribambelles” et ” le livre des contes” sont ahurissantes d’incohérence . J’essaye de récupérer les enfants avec Borel-Maisonny et Marie de Maistre…heureusement j’ai commencé dès le début d’année et les enfants progressent bien. Mais quelle injustice pour les autres !

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