2017

Le bac : lauréat des injustices endurées par les écoles indépendantes

E.Macron a prévu de réformer le baccalauréat afin de « le muscler » selon les termes de J.-M. Blanquer, en misant sur la diminution du nombre d’épreuves à 4 matières fondamentales ainsi qu’en donnant une plus grande importance au contrôle continu. Ces ambitions sont similaires à celles qu’avait exprimé Luc Chatel dès sa prise de fonction au ministère de l’Education Nationale de 2009 à 2012 et de celles de François Fillon en 2004.
Vraisemblablement, ces prises de position politiques de grande similarité ont rencontré les mêmes difficultés quand il s’est agi de mettre en œuvre la réforme proposée. Si on ne peut décemment s’opposer à une hausse de niveau de cet examen, la menace du contrôle continu pèse sur les lycées indépendants et les forcerait à envisager des alternatives au baccalauréat de l’Education nationale.

Un historique du baccalauréat : passage du privé au public

Les premiers baccalauréats datent du XIIIème siècle avec l’apparition de l’Université de Paris qui était sous l’autorité de l’Eglise. Le baccalauréat représentait le premier grade obtenu dans chacune de ces 4 facultés : arts, médecine, droit, théologie. Le baccalauréat ès arts était celui par lequel il falait passer pour accéder aux autres baccalauréats, considérés comme supérieurs, et celui de théologie était le plus prestigieux qu’il était possible de passer.
Le baccalauréat a vécu un tournant décisif après la Révolution française car il a été institué par l’État en 1808, par une décision de Napoléon Bonaparte. Il instaura non pas quatre mais cinq disciplines : sciences, lettres, droit, médecine et théologie, et institua deux autres grades : la licence et le doctorat. De la même manière que sous l’Ancien Régime, le niveau des baccalauréats n’était pas le même suivant les disciplines. Les bacs ès lettres et ès sciences, en tant qu’ils tenaient du baccalauréat ès arts, devaient être passés avec succès afin de pouvoir accéder aux autres enseignements.

Le monopole de l’Etat sur le baccalauréat et la reconnaissance des grades

L’Etat s’est alors arrogé le monopole de la collation des grades. Cela signifie qu’il s’instaure « [comme une] sanction des études secondaires et [comme un] premier grade de l’enseignement supérieur qui permet d’établir le « monopole de l’Université » (une administration totalement publique, d’Etat) sur cet examen, ce « grade ». Selon le décret du 17 mars 1808, seules les « facultés » (organismes de l’université) peuvent conférer les « grades » » selon le blog de Claude Lelièvre.
« On comprend alors que – dans ce cadre – la « validation des acquis du secondaire » ne peut se faire dans (et par) les établissements secondaires ( notamment privés…), et qu’il n’y a aucune place a priori pour un « contrôle continu » ». Même si le contrôle continu est une notation intéressante car plus fidèle au niveau de l’élève tout en prenant en compte ses progrès, celle-ci mettrait pour de bon les écoles indépendantes de côté.
En effet, pour que le contrôle continu puisse s’appliquer, il faut un système d’évaluation avec un même barème de notation, permettant de généraliser son application dans toutes les régions du monde proposant aux élèves de passer le bac.
Or, par définition, les lycées indépendants, dès lors qu’ils sont libres de choisir leur programme au travers de la pédagogie choisie, ne peuvent pas faire reconnaître un contrôle continu en tant qu’ils n’ont pas les mêmes repères.

Le baccalauréat a donc à lui seul la clé d’entrée dans l’enseignement supérieur. Il oblige à passer par lui en tant qu’il est le seul passage permettant d’accéder aux études supérieures. Il a donc une influence non négligeable sur les programmes des lycées indépendants qui doivent s’adapter à celui de l’Education nationale.

Changement de la fonction du bac

Le changement de notation témoignerait la volonté du nouveau gouvernement de redonner un sens fonctionnel au bac.

Mis à part de rares changements de formes et d’importants changements de fonds, l’évaluation de l’épreuve n’a pas changé malgré l’allongement progressif de l’instruction obligatoire puis la transformation du bac en certificat d’études nouvelle génération (avec l’objectif de conduire 80% (défini par Jean-Pierre Chevènement) d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat). C’est à cause de cet objectif que certains emploient le terme « dévaluation » pour parler des dernières sessions. Cette « dévaluation » serait double puisqu’elle concernerait autant le niveau des épreuves que la fonctionnalité de l’examen. Il est censé représenter le premier grade de l’enseignement supérieur et permettre d’influencer l’orientation post-bac.
Or, les élèves connaissent leur lieu d’admission avant même les épreuves du bac. Où est l’enjeu de la mention si le but est juste de l’avoir ? On assiste à un déplacement du problème car de plus en plus, c’est en 1ère année d’études supérieures que le tri est réellement fait. Donc si auparavant le bac servait d’examen d’entrée dans le supérieur, il n’est aujourd’hui qu’un diplôme permettant à chaque bachelier de s’inscrire dans n’importe quelle université pour ensuite être tiré au sort. Afin de parvenir à réformer le bac en profondeur, il faut donc aussi revoir quelle est la finalité de cet outil dans le parcours des jeunes.

« Je pense qu’il faut qu’on retrouve son utilité profonde, qui est non pas d’être une forme d’évaluation finale de l’élève, mais (…) un tremplin pour la suite de son parcours […] »

Jean-Michel Blanquer à propos du bac sur France Culture, le 4 juin dernier.

Les alternatives au bac pour les lycées indépendants

Elles ne sont pas répertoriées dans le RNCP mais peuvent mener l’élève à des études brillantes grâce à une reconnaissance du bac à l’étranger, notamment grâce à la pratique régulière des langues étrangères.

    • Le bac international

Renseignements de L’Etudiant : “Le baccalauréat international, un diplôme étranger, a été créé par l’IBO (International Baccalaureate Organization), une fondation éducative sans but lucratif fondée en 1968. Il se décline en trois programmes d’enseignement (primaire, premier cycle secondaire, et dit “du diplôme”) pour des jeunes de 3 à 19 ans. Il existe dans plus de 3.400 établissements scolaires et 143 pays. En France, seulement 11 écoles privées le proposent. Il est dispensé en trois langues : anglais, espagnol et français.
Le bac international n’est pas reconnu automatiquement dans toutes les formations supérieures comme le bac “classique” en France. Il permet d’entrer néanmoins dans des établissements comme HEC, Sciences po, Dauphine, l’université Panthéon-Assas, etc. Il ne faut donc pas confondre l’IB avec l’option internationale du baccalauréat (qui se prépare dans les sections internationales des lycées français)”
.

Pour en savoir plus sur les matières enseignées et sur le contenu de l’épreuve : http://www.ibo.org/fr/programmes/

    • Le bac européen

Selon le dictionnaire Sensagent du Parisien, « le baccalauréat européen est attribué aux étudiants réussissant entièrement le cursus d’une école européenne, dont la plupart sont des enfants de personnes travaillant pour une institution européenne (il existe actuellement quatorze écoles européennes réparties dans sept États membres).
Le baccalauréat européen est reconnu par tous les États membres de l’Union européenne. Les matières étudiés étant à la fois diversifiés et nombreuses, le baccalauréat européen peut être comparé au baccalauréat français ou à l’Abitur allemand. »

Pour en savoir plus sur les matières enseignées pendant le cursus européen et sur le contenu de l’épreuve : http://cache.media.eduscol.education.fr/file/_-Sans_nom-_/80/5/Brochure_Baccalaureat_Europeen_2015_438805.pdf

Le gouvernement actuel entend donc redonner un sens au bac en lui rendant son importance pour la suite des études. Les écoles indépendantes ont donc tout intérêt à penser à adopter le bac international ou européen qui ouvrent eux aussi à des études brillantes tout en leur permettant de garder leur spécificité.

Catégorie(s) : Actualités, Articles, Enseignement sous contrat, La Liberté scolaire en débat, Presse, Réformes de l'enseignement • Mot(s)-clef(s) : , , , • [ Permalien ]

7 réponses à Le bac : lauréat des injustices endurées par les écoles indépendantes

  1. Chrissin dit :

    Vous oubliez le DAEU je crois.

    • libsco dit :

      Il me semble que le DAEU est une alternative au baccalauréat reconnue par l’Education nationale permettant d’accéder aux mêmes débouchés par une préparation plus longue du diplôme. Etant reconnue par l’Etat, il faut, pour l’intégrer suivre un programme proposé par l’Education nationale. Nous retombons pour ainsi dire dans les mêmes limites que celles posées au hors-contrat par le baccalauréat dit classique !

  2. Webmaster eursc.eu dit :

    Pour en savoir plus sur les matières enseignées pendant le cursus européen et sur le contenu de l’épreuve : http://www.eursc.eu/fr/European-Schools/studies-certificates/European-Baccalaureate

  3. Leong dit :

    Merci pour ces éclairages. Il va falloir qu’on soit de plus en plus vigilant et se mobiliser pour ne pas être menacé d’extinction.

  4. Isa LISE dit :

    Merci pour cet article intéressant… Même problème pour les candidats libres d’école: quelles seront les modalités pour eux si bac en contrôle continu ? Probablement un bac à double vitesse comme le brevet aujourd’hui…
    Quant au DAEU, alternative certes, mais par exemple ma fille bachelière à 16 ans aurait dû reléguer ses projets dans un placard pendant plusieurs années…

  5. CeluiLa dit :

    Bonjour et merci d’ouvrir ce sujet qui me préoccupe depuis quelques temps.

    En effet, les récentes réformes de l’école et du collège ont clairement entériné l’avènement de la logique curriculaire et l’orientation des examens (brevet) vers le contrôle continu. Enseignant dans un lycée hors contrat, je m’inquiète des conséquences de ce mouvement sur la pérennité de nos activités. Votre article est loin de soulager cette inquiétude, car les pistes que vous ouvrez sur les baccalauréats internationaux me semblent bien loin de la réalité du public que nous accueillons au quotidien.
    Souvent évincés des filières générales dans le parcours public ou sous contrat, bien rares sont nos élèves qui auraient la capacité à présenter “un examen exigeant pour lequel les élèves doivent présenter une dizaine
    de matières.” (extrait de la brochure sur le bac européen qui poursuit :
    “Les élèves doivent obligatoirement passer un examen dans :
     leur langue maternelle,
     dans au moins une autre langue à un très haut niveau,
     en histoire et en géographie dans cette même deuxième langue […]”)

    Je suis donc loin de partager votre conclusion sur l’opportunité de réorienter les activités des lycées hors contrat vers ces filières élitistes.
    Dans les faits, le bac en contrôle continu signifiera pour nos élèves la nécessité de passer des épreuves écrites “à l’ancienne” évaluées par des enseignants du public qui se montreront probablement moins accommodants qu’aujourd’hui dans leur notation (car cette évaluation est actuellement encapsulée dans une logique de cohorte visant à “sortir” plus de 80% des lycéens vers le supérieur…). Même soucieux de leur sectorisation,quels parents feront le choix d’études onéreuses pour offrir à leurs enfants des conditions d’examen objectivement plus difficiles ? Moins qu’actuellement, je crois, et la viabilité économique du hors contrat pourrait en être profondément fragilisée.

    Le secteur saura-t-il se fédérer et ouvrir ses pratiques à l’inspection académique, afin de défendre sa capacité à produire un contrôle continu fiable et sérieux ? J’en doute.
    Saurons-nous affirmer une pédagogie enthousiasmante, ouvrant des perspectives et répondant aux besoins spécifiques des élèves que nous accueillons aujourd’hui ? Je l’espère…

  6. Ping : Actualités Août 2017 - idl Familles

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *